Transmission du VIH : les procès, ça suffit !

Communiqué
mardi 16 novembre 2010
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Le tribunal correctionnel de Besançon vient de condamner un homosexuel séropositif pour avoir transmis le VIH à son partenaire. Cela fait six ans que Warning interpelle régulièrement les pouvoirs publics sur cette question. Les procès d’abord intentés à leur partenaire séropositif par des femmes et des hommes hétérosexuels, le sont aujourd’hui par des homosexuels puisque l’un d’entre eux vient d’obtenir à son tour la condamnation de son partenaire séropositif.

Le procès de Besançon met en lumière des points essentiels de compréhension. L’homme incriminé n’aurait pas osé dire à son partenaire séronégatif qu’il était séropositif après avoir effectué un test de dépistage. Ce procès confirme ce que toutes les enquêtes montrent depuis plus de quinze ans : les personnes séronégatives vivant en couple arrêtent d’utiliser le préservatif dès que la relation devient stable. Cette « norme » impose une contrainte terrible aux personnes séropositives alors même qu’existe un fort degré de discrimination et stigmatisation à leur égard. Il s’agit ici de comprendre pourquoi le contexte de la conjugalité, gay en l’occurrence, complique la situation des couples qui sont ou passent en situation de sérodifférence. En effet, comment arriver à dire sans crainte son statut sérologique quand le risque premier est directement celui du rejet et la fin de la relation amoureuse. Certains se prennent les pieds dans le tapis et la justice frappe ensuite. Depuis longtemps, Warning réclame des campagnes d’information intelligentes en direction des couples pour encourager le dialogue entre partenaires, mettre la connaissance du statut sérologique au centre des pratiques et pour que le devoir de protection ne devienne pas un devoir de divulgation à charge des seules personnes séropositives. Nous réclamons aussi qu’une information franche et sincère soit diffusée sur le fait que les traitements anti-VIH réduisent au même titre que l’usage du préservatif le risque de transmission du virus, ce qui permet d’élargir l’éventail des stratégies de prévention, mieux à même de répondre aux besoins de chacun, notamment des couples sérodifférents. Avec ces éléments, le regard sur la séropositivité, sur les séropositifs, la situation amoureuse de ceux-ci et celle de leurs partenaires, la capacité de négocier la prévention, pourraient grandement changer, permettant d’éviter des situations amenant à des procès. Il est facile à comprendre qu’une personne séropositive oserait plus facilement évoquer son statut sérologique à son partenaire si elle savait qu’en démarrant un traitement anti-VIH efficace, le risque de transmision à son partenaire diminuerait considérablement. Mais ces campagnes sont bloquées par le ministère de la Santé.

Comparée à la Suisse, la situation française est accablante. Alors qu’en Suisse il existe un discours public sur le fait que le risque de transmisison du VIH devient négligeable chez les séropositifs traités efficacement et que les tribunaux ne condamnent plus une personne séropositive sous traitement avec charge virale indétectable, rien n’a été fait en France par le ministère de la Santé pour informer à ce sujet et changer le regard sur les séropositifs. Pour Warning, c’est le ministère de la Santé qui aurait dû être dans le box des accusés à Besançon et être condamné pour son inaction.


Pour plus d’information sur l’effet préventif des traitements et le nouveau paradigme de prévention :

« Les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle », Vernazza P, Hirschel B, Bernasconi E, Flepp M., Bulletin des médecins suisses, 2008 : http://www.thewarning.info/spip.php?article239

« Avis sur l’intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l’épidémie d’infections à VIH », Conseil national du sida, 2009 : ttp ://www.cns.sante.fr/spip.php?article294

« Prévention et réduction des risques dans les groupes à haut risque vis-à-vis du VIH et des IST », France Lert, Gilles Pialoux, 2009 : http://www.vih.org/20100112/nouvelles-methodes-prevention-et-reduction-risques-9124


Commentaires

jeudi 18 novembre 2010 à 16h07

Je viens de lire un article sur e-llico où vous condamnez la judiciarisation des cas de transmission du sida.

Je suis partiellement d’accord avec vous. Partiellement, j’insiste. La prévention existe, l’information sur les modes de contamination est partout et elle est excellente. Alors, je pense que c’est à chacun de prendre ses responsabilités et je trouve que cela n’est pas assez fait. J’ai déjà vu des mecs « pleurer » en disant : « c’est une catastrophe, je viens de me choper le sida ». Et l’autre de lui dire : « Et qu’est ce qu’il t’aurait fallu d’autre dans les messages de prévention pour que tu ne fasses pas le con ». Réponse de l’autre :« Mais le mec était si canon et je n’avais pas de préservatif ». Réponse : « Si t’es con, c’est ton problème. »

Dans un cas de contamination, le contaminé et le contaminant ont leur part de responsabilités et leur culpabilité. TOUS les messages de prévention disent bien qu’en cas de doute envers le partenaire, il faut utiliser un préservatif. Je suis homo séronégatif et je prends mes responsabilités. La plupart des personnes séropositives aujourd’hui en Europe occidentale ont été contaminées par leur attitude négligente. On sait tous la stigmatisation, l’exclusion dans la vie sexuelle que la séropositivité entraîne. Au risque de passer pour conservateur, il faut y penser avant de se taper un beau mec peut-être séropositif. Il y a des priorités...

Quand j’ai fait mon coming-out, ma mère a eu un très beau message d’amour envers moi, elle m’a dit, entre autres choses : « Ne te chope pas le sida, l’info existe partout, prends tes responsabilités pour ne pas l’attraper sinon je te renie, la déchéance par le sida serait trop difficile à supporter pour moi ». Je pensais la même chose. J’ai été peiné quand elle est revenue dessus...

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jeudi 18 novembre 2010 à 16h10 - par  Nadya

Arrêtons de déresponsabiliser les gens
une personne, qui se sachant dangereuse pour autrui
la met volontairement en danger est punissable.
(et je suis très loin de l’esprit sarko/hortefeux et de la republique sécuritaire a sens unique qu’ils pronent)

Meme si je comprend ton avis et son articulation avec les enjeux de la prévention et de l’anti discrimination on peut pas donner un permis de tuer a quelqu’un au simple fait qu’il appartiens a une communauté ou qu’il est lui-même malade.
Il continue a appartenir a 100% a l’humanité et donc est soumis a ses lois morales et éthiques.
Et l’une de ses loi est que l’on a pas le droit pour un bénéfice personnel quelconque ( sexuel, de vengeance ou de je m’en foutisme) de mettre la vie d’autrui en danger.

J’ai connu 2 fois dans ma vie des gens proches qui ont été volontairement infectés par leur partenaires ( le premier cas par pur égoïsme en 90 a Bruxelles, le second pour se venger d’être quitté)
Ces jour ci à Montpellier une affaire semblable est dans la presse en appel.
un homme a infecté 2 femme et la fille de l’une d’elle par ricochet, n’a été condamné qu’ à 18 mois de prison ferme et son avocat fait appel !

Quand on condamne un voleur de scooter récidiviste a 2 ans ferme, je trouve que la justice est disons incompréhensible.
Et autant pour un politicien ripoux que pour un assassin de la bite, quand le retour judiciaire n’est pas en cohérence avec le drame causé on peux considérer que c’est d’une part :
Ne pas aider la personne a prendre conscience de son geste.
Ignorer la peine de la victime
et surtout donner un signal fort à ceux qui au même moment ailleurs se préparent a baiser sans capote se sachant seropos.

A part ca d’accord pour les autre aspect de ton courrier concernant l’info sur la sero prevalence apres traitement

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vendredi 19 novembre 2010 à 13h56 - par  Romain

Et on retrouve encore ces discours de responsabilité à avoir quand on est séropositif...certes, il y a responsabilité, mais n’y a t-il à ce point aucune rsponsabilité à avoir quand on est séronégatif ??? Responsabilité de protéger son corps, responsabilité de pouvoir en parler dans son couple, responsabilité de se faire dépister, responsabilité de proposer le préservatif,....

Personnellement, je suis séropo, jamais ne m’a travesré l’esprit de m’en prendre à celui qui ne m’avait rien dit, au contraire je ne pouvais m’en prendre qu’à moi même.

Si on va dans le sens de responsabilité de contamination, durant une épidémie de gastro, serait-il éthique de porter plainte pour une personne qui m’a refilé un gastro, m’a entraîné des complications de santé, un manque sur mon salaire ??? NON
Pareil avec une grippe qui me cloue au lit pendant 10 jours.....

J’ajouterai qu’avec ces avis qui sont de porter la responsabilité sur les seules personnes séropositives et de les condamner, ne pensez vous pas que les 40000 personnes séropositives en France et qui ne le savent pas auraient tout intérêt à ne pas se faire dépister afin d’éviter toute procédure judiciaire : « ah bah non je ne savais pas que j’étais séropo !!! »

On sait que 25 ans après le début de l’épidémie, la séropositivité est toujours aussi tabou !

Responsabilté des pouvoirs publics d’insiter au débat, à la discussion ?
Responsabilité de l’éducation nationale de ne pas en parler suffisamment ?
Responsabilité des parents qui n’aborde pas la sexualité avec leurs enfants ?
Responsabilité des gays qui préfère parfois coucher sans poser la question et sans protection plutôt que d’en parler et d’utiliser une Kpote ?
Responsabilité des médecins généralistes qui ne sont pas forcément à l’aise pour aborder ces questions ?
Responsabilité des CDAG qui parfois jugent des gays responsable de leur santé et de celle des autres en se faisant dépister plusieurs fois par an ?
Responsabilité de la personne qui m’a contaminé ???? NON, JAMAIS DE LA VIE.
Responsabilité de tous ? OUI Y compris de ceux qui souhaitent la condamnation des séropositifs qui contaminent les autres ; parce que derrière votre discours discriminant et à sens unique, vous ne faites qu’entretenir le tabou et la difficile communication entre partenaire !!!

Encore une fois, je suis pour une responsabilité à 100% de chacune des parties.
Et pétons la gueule au plus grand resonsable : LE TABOU !!!!!!