En France, les controverses interassociatives sur la PrEP s’affichent dans les médias et sur les forums des réseaux sociaux, entre considérations morales déguisées en objections éthiques et classiques spéculations comportementalistes (comme il y en eu sur le TPE ou sur le TasP) [4].
Alors, pour clarifier et dépassionner la situation, il convient de rappeler certains points :
- La prévention biomédicale est une révolution en termes de santé sexuelle et mentale pour les couples sérodifférents (notamment ceux qui veulent avoir des enfants) et les travailleurs du sexe séropositifs (sous la pression de leur clientèle pour avoir du sexe sans latex), supprimant le risque et la peur viscérale de et d’être contaminés. Elle est un élément essentiel pour la dédiabolisation des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dans notre société sérophobe : celles-ci ne sont plus considérées comme des « bombes virales ».
- La prévention biomédicale est un besoin exprimé partout par les PVVIH et les personnes séroconcernées [5].
- La prévention biomédicale est un argument supplémentaire pour la bataille sur l’accès universel aux traitements dans les pays pauvres et dans les prisons.
- La prévention biomédicale est un argument essentiel contre la criminalisation de la transmission du VIH, qui au-delà de nos pays respectifs, s’accentue en Afrique (les femmes étant les premières victimes de cette dernière).
- La prévention biomédicale doit se faire dans le cadre strict du consentement éclairé et des besoins (thérapeutiques, psychologiques, sexuels et sociaux) de la ou des personne(s) concernée(s). En aucun cas on ne peut forcer la mise sous traitement de quiconque, même si le traitement précoce semble avoir des résultats bénéfiques et même si certains modèles mathématiques abondent pour la mise en place d’une stratégie générale de Test&Treat. Warning s’est positionnée depuis longtemps sur le sujet [6].
Ces raisons suffisent à elles seules pour promouvoir la prévention biomédicale [7] d’une manière responsable et combinée [8] aux autres outils de la lutte contre le sida : préservatif, dépistage [9], counseling, luttes contre la sérophobie et la pénalisation de la transmission sexuelle du VIH. De ce point de vue, le récent avis du Conseil national du sida sur la PrEP est remarquablement équilibré [10]. Notamment parce qu’il souligne à juste titre l’accès différentiel à la PrEP en terme d’allocation de ressources.
Alors pour repousser les limites financières de la prévention biomédicale, rappelons-nous les principes de Denver, et exigeons ensemble la baisse des tarifs des antirétroviraux ou même menaçons si besoin de promouvoir l’achat d’antirétroviraux génériques, plus que jamais d’actualité. Cela bénéficiera à tout le monde, et surtout aux pays pauvres, qui n’ont pas le privilège de polémiquer et restent le terrain privilégié de nos laboratoires pharmaceutiques dans le développement de traitements dont nous sommes toujours les premiers récipiendaires ! Il est même peut-être temps que la prévention biomédicale du VIH devienne un bien public mondial et qu’à ce titre, les médicaments utilisés soient enfin classés dans les médicaments essentiels aux besoins prioritaires de santé des personnes [11] : Oui au Truvada à 1$ par jour au Nord et 1$ par mois au Sud !
Commentaires