PrEP : du Truvada à 1$ par jour !

mercredi 16 mai 2012
par  SB
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Depuis quelques mois, le monde de la lutte contre le VIH est en ébullition, car l’un des derniers tabous de la prévention est en train de tomber : nous allons peut-être disposer d’ici quelques temps d’une alternative de prévention en direction des personnes séronégatives pour réduire leurs risques potentiels de contamination par le VIH. En effet, suite aux résultats encourageant d’iPrEx [1], un comité d’experts de l’agence américaine du médicament (FDA) vient de recommander la commercialisation du Truvada dans un but prophylactique [2], alors que l’ANRS a lancé IPERGAY [3] depuis quelques mois. Mais cette nouvelle étape de la médicalisation de la sexualité chère à Michel Foucault fait encore et toujours polémique. Pourtant, la pharmaco-sexualité ne date pas d’hier ni de l’avènement du traitement antirétroviral comme outil de prévention (TasP) : pilule contraceptive, pilule du lendemain, hormonothérapies trans, pilules érectiles, traitement post-exposition au risque VIH (TPE)…

En France, les controverses interassociatives sur la PrEP s’affichent dans les médias et sur les forums des réseaux sociaux, entre considérations morales déguisées en objections éthiques et classiques spéculations comportementalistes (comme il y en eu sur le TPE ou sur le TasP) [4].

Alors, pour clarifier et dépassionner la situation, il convient de rappeler certains points :

  • La prévention biomédicale est une révolution en termes de santé sexuelle et mentale pour les couples sérodifférents (notamment ceux qui veulent avoir des enfants) et les travailleurs du sexe séropositifs (sous la pression de leur clientèle pour avoir du sexe sans latex), supprimant le risque et la peur viscérale de et d’être contaminés. Elle est un élément essentiel pour la dédiabolisation des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dans notre société sérophobe : celles-ci ne sont plus considérées comme des « bombes virales ».
  • La prévention biomédicale est un besoin exprimé partout par les PVVIH et les personnes séroconcernées [5].
  • La prévention biomédicale est un argument supplémentaire pour la bataille sur l’accès universel aux traitements dans les pays pauvres et dans les prisons.
  • La prévention biomédicale est un argument essentiel contre la criminalisation de la transmission du VIH, qui au-delà de nos pays respectifs, s’accentue en Afrique (les femmes étant les premières victimes de cette dernière).
  • La prévention biomédicale doit se faire dans le cadre strict du consentement éclairé et des besoins (thérapeutiques, psychologiques, sexuels et sociaux) de la ou des personne(s) concernée(s). En aucun cas on ne peut forcer la mise sous traitement de quiconque, même si le traitement précoce semble avoir des résultats bénéfiques et même si certains modèles mathématiques abondent pour la mise en place d’une stratégie générale de Test&Treat. Warning s’est positionnée depuis longtemps sur le sujet [6].

Ces raisons suffisent à elles seules pour promouvoir la prévention biomédicale [7] d’une manière responsable et combinée [8] aux autres outils de la lutte contre le sida : préservatif, dépistage [9], counseling, luttes contre la sérophobie et la pénalisation de la transmission sexuelle du VIH. De ce point de vue, le récent avis du Conseil national du sida sur la PrEP est remarquablement équilibré [10]. Notamment parce qu’il souligne à juste titre l’accès différentiel à la PrEP en terme d’allocation de ressources.

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Alors pour repousser les limites financières de la prévention biomédicale, rappelons-nous les principes de Denver, et exigeons ensemble la baisse des tarifs des antirétroviraux ou même menaçons si besoin de promouvoir l’achat d’antirétroviraux génériques, plus que jamais d’actualité. Cela bénéficiera à tout le monde, et surtout aux pays pauvres, qui n’ont pas le privilège de polémiquer et restent le terrain privilégié de nos laboratoires pharmaceutiques dans le développement de traitements dont nous sommes toujours les premiers récipiendaires ! Il est même peut-être temps que la prévention biomédicale du VIH devienne un bien public mondial et qu’à ce titre, les médicaments utilisés soient enfin classés dans les médicaments essentiels aux besoins prioritaires de santé des personnes [11] : Oui au Truvada à 1$ par jour au Nord et 1$ par mois au Sud !


[1Prophylaxie Pré-exposition : les premiers résultats iPrEx chez les HSH : http://www.vih.org/20101123/prophyl....

[2Recommandation qui devrait probablement être suivie par la FDA d’une autorisation de mise sur le marché.

[4Au Québec, les responsables sanitaires ne prennent pas du tout en considération la PrEP. Et en Belgique rappelons-le, on est encore plus en retard, puisque seule notre association semble véritablement défendre une approche holistique et gratuite de lutte contre le VIH.

[5PrEP acceptable to UK gay men, studies find : http://www.aidsmap.com/PrEP-accepta....

[6Ethique et santé : l’idée d’éradiquer l’épidémie de VIH en mettant sous traitement antirétroviral toutes les personnes nouvellement dépistées et l’ensemble des séropositifs pose question : http://thewarning.info/spip.php?art... ou en anglais : http://blogs.poz.com/sean/archives/....

[7Notamment dans le contexte canadien où encore aucune recommandation fédérale n’a été émise à son sujet. On peut comprendre cela puisque la Santé publique canadienne – dans sa grande indépendance de jugement – attend toujours que le grand frère du sud ne se positionne d’abord. Cela vient d’être fait, puisque les États-Unis se sont alignés il y a un mois sur les recommandations suisse, allemande, française, britannique et de l’ONUSIDA en la matière, à savoir expliquer systématiquement à toutes les personnes séropositives les avantages d’un traitement efficace en termes de suppression du risque de transmission sexuelle du VIH : Guidelines for the Use of Antiretroviral Agents in HIV-1-Infected Adults and Adolescents : http://aidsinfo.nih.gov/guidelines/....

[8« Parce que chacun d’entre nous a une vie différente et une sexualité qui lui est propre, il s’agit d’avoir à notre disposition autant d’outils que possibles pour nos propres préventions ; celle qui nous convient, au bon moment ! La prévention combinée, c’est pouvoir utiliser une ou plusieurs techniques de prévention en fonction de nos possibilités, de nos pratiques, de nos envies et celles de notre (ou nos) partenaire(s). Pouvoir parler de notre sexualité et de notre santé avec notre partenaire, nos amants, nos amis, avec des professionnels médicaux bienveillants ou des militants associatifs permet de faire le point sur nos pratiques et d’obtenir des réponses à nos questions… Alors, pour ne pas rester seul avec ses doutes, ses questions, ses angoisses… parlons-en ! » : www.aides.org/evenement/PREVS-et-vi....

[9Et pourquoi pas avec les autotests : www.autotestvih.info


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