AIDS 2012 de Washington : c’est parti pour la PrEP !

Conférence AIDS 2012 - Washington
jeudi 26 juillet 2012
par  GS
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De notre correspondant de Warning-Paris à Washington

De sessions PrEP ou TasP en plenières, c’est le consensus absolu à la XIXe conférence internationale sur le sida à Washington sur la prévention combinée comme seule réponse adaptée aujourd’hui à la diversité de l’épidémie. Pour répondre à la variété des contextes sociaux, des comportements, des situations individuelles il faut promouvoir les préservatifs, la circoncision, le traitement comme prévention (TasP) et aussi maintenant la prophylaxie pré-exposition (PrEP) c’est-à-dire concrètement l’utilisation du Truvada en prise continue.

Alors qu’en France on en est encore à débattre de l’utilité de la PrEP on n’en est plus là à Washington. Encore ce matin lors d’une session plénière, le docteur Nelly Mugo a fait une présentation particulièrement claire et brillante pour conclure que « la PrEP ça marche ». La chose paraît acquise pour tous.

Lorsque la PrEP est abordée la question dans l’assistance porte non pas sur sa pertinence comme outil de prévention mais sur le coût de ce nouvel outil. Comment envisager de financer des PrEP alors que dans de nombreux pays dont les Etats-Unis toutes les personnes séropositives qui ont besoin de traitements ne sont pas traitées ? La PrEP concerne un nombre bien plus élevé de personnes séronégatives que de personnes séropositives, comment imaginer que l’on trouvera l’argent pour un si grand nombre de personnes ? La réponse avancée par les orateurs dans les différentes sessions est qu’il n’est pas question de faire de la PrEP le seul outil préventif. La PrEP est perçue comme un outil supplémentaire au sein d’un « bouquet » pour reprendre l’expression employée par le docteur ougandais Paul Semugoma lors d’une session. Ce « bouquet » comporte notamment les préservatifs masculins et féminins, la circoncision, le traitement comme prévention (TasP) et maintenant ce nouvel outil qu’est la PrEP. Celle-ci doit s’adresser aux personnes qui n’utilisent pas le préservatif et dans cette optique elle est envisageable. Elle doit cibler les populations à haut risque. Elle apparaît comme un outil précieux pour les homosexuels qui n’utilisent plus le préservatif. On peut envisager aussi de prescrire une PrEP au partenaire séronégatif dans un couple sérodifférent pendant six mois, le temps que le partenaire séropositif sous traitement ait une charge virale indétectable et ne puisse plus transmettre le VIH.

Autre point important, tester les personnes massivement est devenu un enjeu essentiel si l’on veut que la prévention combinée fonctionne. Dans cette perspective il faut diffuser largement les autotests car on ne parviendra pas à tester tout le monde avec les outils classiques.

On est impressionné par la qualité d’attention des auditeurs. Effectivement pour la salle la question n’est plus de savoir si la PrEP est efficace ou non mais qui va payer ? Le docteur Nelly Mugo a donné des pistes. Elle a pointé le fait qu’il y a des années le scepticisme régnait sur la possibilité de trouver des fonds pour payer des thérapies. La mobilisation associative a permis qu’aujourd’hui des millions de gens dans le monde ont accès aux traitements. C’est le même combat que les militants associatifs doivent mener maintenant.

Autre point l’éducation des jeunes sur le VIH est un enjeu majeur si l’on veut diminuer les taux de transmission chez les jeunes de moins de 25 ans, qui sont une des populations les plus touchées à travers le monde. Si on veut un futur sans VIH il faut une véritable mobilisation éducative sans tabou. L’éducation doit jouer un rêle central pour faire reculer les préjugés et la stigmatisation dont souffrent les homosexuels, les personnes séropositives, les personnes transgenre et les travailleurs du sexe.

Il paraît donc impossible maintenant que le placebo soit maintenu dans l’essai Ipergay en France d’évaluation de l’efficacité d’une prise intermittente de Truvada en PrEP. En même temps Ipergay est un essai essentiel pour amener des données sur l’efficacité d’une prise intermittente.

Au final on attend des autorités sanitaires françaises et de la ministre de la santé des mesures rapides concernant la possibilité de prescription du Truvada en PrEP et la légalisation des autotests. La France ne peut pas devenir la lanterne rouge de la prévention dans le monde.


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