Transformer les réticences en action : positiver la PrEP

mercredi 20 février 2013
par  SB
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Depuis que l’Agence américaine du médicament (FDA) a homologué le Truvada en PrEP [1], Jake Sobo a décidé d’utiliser ce nouvel outil de prévention de l’acquisition du VIH, et d’en faire un blog interactif – « Ma vie avec la PrEP » (My life on PrEP) – ce que la PrEP change dans sa vie quotidienne, sociale, sexuelle et affective. Ainsi, il évoque et débat de différents aspects qui touchent la PrEP et questionnent bon nombre de personnes LGBT : effets indésirables potentiels, coûts, suivi médical, stigmatisation de ceux qui la choisissent (slut shaming) [2], etc. Nous avons choisi de vous traduire ici la 10ème partie de ce blog sur la PrEP hébergé par PositiveFrontiers et mis en ligne le 17 janvier 2013 : http://www.frontiersla.com/mylifeon....

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Ce que j’ai toujours trouvé un peu exaspérant à propos du débat public sur la PrEP, c’est la réticence farouche – que dis-je, les tergiversations – qui le colore tellement. Il semble que personne n’est autorisé à parler de la PrEP sans ajouter un grand nombre de conditions. La PrEP « devrait » être bonne pour vous. La PrEP « pourrait » être une bonne option.

Je ne me souviens pas vraiment des activistes sida comme paralysés par les préservatifs dans les années 80. Bien qu’il a certainement fallu des heures de travail assidu de collecte de fonds, d’organisation et de ralliement des troupes, les campagnes chantant les louanges des préservatifs étaient placardées dans les ghettos gays, d’un océan à l’autre. Où sont les campagnes sur la PrEP ? Où est l’enthousiasme que devrait susciter ce premier nouvel outil hautement efficace de prévention du VIH en 30 putains d’années ?

Kane Race, génie académique australien, l’a remarqué au printemps dernier [3]. Lors d’une intervention académique sur ses recherches en études culturelles, il a caractérisé la PrEP comme un « objet de réticence » qui a toujours terrifié pour son éventuel rôle de passerelle vers une « homosexualité débridée ». Bien que les chercheurs en santé publique aiment catégoriser des gens à « haut risque », ces derniers ne sont pas pour autant enthousiasmés à l’idée de se considérer comme prenant des « risques ». Pourtant, la PrEP exige que vous le fassiez. Chaque fois que je gobe une de ces pilules, quelqu’un dans le fin fond de mon cerveau me fait envisager la probabilité que dans un avenir proche, je vais être exposé au VIH.

C’est cette anxiété qui sous-tend une grande partie de la réticence à propos de la PrEP, et que nous devons travailler collectivement afin de l’apaiser et de la transformer en action. Je fais ma part pour susciter de l’intérêt et de l’excitation à propos de la PrEP. Mes profils en ligne proposent aux gars de me poser des questions. Je parle à mes amis. Je vous écris ce putain de blog. Mais je ne suis qu’un être humain. Je ne peux pas seul baiser suffisamment de mecs et atteindre assez de lecteurs.

Il va falloir une réponse plus collective pour susciter l’action. Nous devons rester unis pour exiger que la PrEP soit facilement accessible au-delà d’une poignée d’études de recherche qui ne sont pas des solutions à long terme. La PrEP ne doit pas être seulement pour ceux qui sont « dans le coup » et qui la demandent. Elle doit être présentée au public par des organisations communautaires et des leaders respectés dans nos communautés. Elle doit être promue avec responsabilité.

Si vous vous demandez qui fait ce genre de travail en ce moment, vous auriez du mal à trouver des réponses. À ma connaissance, personne n’a vraiment fait le travail de promotion de la PrEP. Votre agence locale sur le VIH/sida a-t-elle mise en place un forum public sur la PrEP ? Sinon, demandez-leur pourquoi. Suggérez-leur que vous seriez intéressé à l’aider à l’organiser. Les institutions de santé de votre ville et/ou de votre pays ont-elles une politique officielle sur la PrEP ? Demandez-le-leur. Ce sont des fonctionnaires du service public, ils travaillent pour vous. Allez vers eux. Avez-vous lu d’autres blogs gays qui devraient offrir un débat sur la PrEP ? Envoyez un courriel à leurs auteurs.

À une échelle plus petite, votre vie sexuelle demeure alors le point zéro des discussions sur la PrEP. Indiquez « Je suis un usager de la PrEP, questionnez-moi à ce sujet ! » dans vos profils Adam4Adam ou Manhunt. Parlez-en à vos amis homosexuels. Que pensent-ils à ce sujet ? Qu’en savent-ils ? Et je n’ai pas peur de la concurrence, si vous êtes un bloggeur, écrivez à ce sujet !

Si vous vous demandez ce qu’il faut dire, faites simple. J’ai développé une réponse très simple pour les personnes qui me questionnent : fondamentalement, la PrEP est une pilule par jour pour prévenir le VIH. C’est très efficace, et c’est ma façon de prendre la responsabilité de ma santé et de celle de mes partenaires.

C’est un sujet de conversation en soi. Vous n’avez pas besoin de les inonder immédiatement de chiffres ou de statistiques. Pour certaines personnes, c’est tout ce qu’ils veulent savoir. D’autres pourraient vous demander quelle en est l’efficacité. S’ils le font, vous pouvez leur dire que l’on estime son efficacité à 99% pour ceux qui prennent une pilule tous les jours. S’ils se renseignent sur les effets indésirables, vous pouvez leur dire que la grande majorité des utilisateurs de PrEP n’a pas signalé d’effets secondaires négatifs. S’ils veulent en savoir plus, diriger les vers ma chronique sur les effets indésirables.

Ce sont le genre de conversations qui sont nécessaires et urgentes pour commencer à jeter les bases d’un véritable discours public sur la PrEP, le genre qui provoque l’excitation, l’énergie et, finalement, l’action de transformer la PrEP d’une bonne idée en théorie à une réalité pratique. Il est maintenant temps d’être proactif, de promouvoir positivement la PrEP.

Je crois que la PrEP peut changer l’épidémie pour le mieux, mais seulement si nous faisons en sorte.

Que faites-vous pour faire de la PrEP une réalité ? Comme toujours, entrer en contact avec moi à mylifeonprep@gmail.com ! J’aimerais vous entendre.


[2Le slut shaming ou « faire honte aux salopes » consiste en la stigmatisation et en la dénonciation d’une sexualité autonome non monogame et non reproductive. Historiquement, on peut dénombrer 3 variantes du slut shaming :

  • Masculiniste : stigmatisant la tenue vestimentaire de certaines femmes comme raison de leur viol. C’est le refus et la dénonciation du slut shaming misogyne si persistant qui a conduit nombre de militantes féministes à organiser les Slut Walk ou « Marches des salopes » à travers le Monde entier en 2011.
  • Homophobe : stigmatisant la « promiscuité » sexuelle des hommes gais comme cause de l’apparition et de la diffusion du VIH dans les années 80.
  • Néo-homophobe : stigmatisant les hommes gais revendiquant ou pratiquant une sexualité sans latex et/ou le sérochoix. Certains s’en étant fait les chantres jusqu’à aujourd’hui.

Considérant la PrEP, on a pu entendre ou lire aux États-Unis comme sur les forums français des opinions structurées sur la même logique : « il ferait mieux de baiser moins ou de mettre des capotes plutôt que de prendre une pilule ».


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