LGV : un retour qui n’en est pas tout à fait un

vendredi 10 février 2006

L’actuelle augmentation de cas de LGV dans les pays industrialisés est très probablement le résultat d’une épidémie à évolution lente restée inaperçue dans la communauté pendant de longues années - déjà présente il y a 25 ans - mais qui est maintenant détectée cia de nouvelles techniques. C’est ce qu’indique une récente étude menée sur les cas de lymphogranulomatoses vénériennes (LGV), cette infection sexuellement transmissible que l’on a détecté ces dernières années dans les grandes villes européennes et tout d’abord aux Pays-Bas.

Résumé

Le sérovar L2b de l’infection à Chlamydiae est à l’origine de tous les cas récents de lymphogranulomatoses vénériennes (lymphogranuloma venerum ou maladie de Nicolas-Favre) observées à Amsterdam. Cette variante était également présente dans les années 80 à San Francisco. « L’explosion » de cas de LGV constatée actuellement semble donc bien plutôt le résultat d’une épidémie à progression lente.

Introduction

Depuis fin 2003, le nombre de cas de proctite [1] de lymphogranulome vénérien (LGV) ne cesse d’augmenter dans les pays industrialisés. Partie des Pays-Bas, l’épidémie s’est étendue aux pays européens, au Royaume Uni, et maintenant aux Etats-Unis et au Canada. Dans tous les cas recensés entre 2002 et 2003 on a identifié une nouvelle variante de LGV, la L2b. Jusqu’à présent, seuls les homosexuels masculins sont touchés, et la plupart sont co-infectés par le VIH. Bien que ces infections, pouvant être causées par LGV sérovars L1, L2, L2a et L3 soient souvent caractérisées par un état inflammatoire aigu, le diagnostique tardif ou incorrect a augmenté à la fois le risque de transmission et celui de conserver de graves séquelles.

Un récent article sur cette explosion de cas de LGV met en relief deux problèmes :
1. Le manque d’outil de diagnostique simple.
2. La question de savoir si le lymphogranulome vénérien est un problème nouveau ou bien s’il avait été présent auparavant, mais non diagnostiqué. En effet, la pénurie de tests permettant de distinguer précisément l’infection à Chlamydiae trachomatis par les sérovars LGV et les infections par des sérovars C. trachomatis moins invasifs (comme les sérovars D-K) est un des obstacles à un bon diagnostique.

Une nouvelle technique à base de PCR permet de distinguer les sérovars LGV des autres.
A l’aide d’échantillons issus de gays avec et sans symptôme de proctite, on a essayé de déterminer en premier lieu si la variante L2b qui vient d’être identifiée à Amsterdam était déjà présente dans la population gay avant 2002. En second lieu, on a réalisé les mêmes analyses sur des échantillons prélevés il y a entre 20 et 25 ans chez des gays de San Francisco.

L’étude

Le Service de Santé MST de la Ville d’Amsterdam a réalisé des tests de C. trachomatis par réaction en chaîne de polymérase (PCR) sur des échantillons rectaux datant de 2000 et 2001 choisis au hasard dans les stocks d’ADN de gays infectés par C. trachomatis. De 2002 à 2005 des gays avec et sans symptômes de proctite (i.e. sécrétions purulentes, ulcérations rectales, saignements, œdèmes des muqueuses) ont été intégrés à l’étude.

Par ailleurs, 51 échantillons issus de gays infectés par LGV avec symptômes de proctite ont été analysés dans la région de San Francisco. Ces échantillons avaient été prélevés dans des centres de soins (services ambulatoires, urgences, laboratoires d’analyses) entre 1979 et 1985. Les propriétés phénotypiques observées pendant la culture des cellules avaient permis de dépister le LGV au moment du prélèvement. La culture des cellules pour la C.trachomatis n’est plus disponibles dans la plupart des centres de soins, bien qu’on puisse distinguer les caractéristiques du développement des sérovars LGV des sérovars D-K.

Dans les échantillons rectaux d’ADN infectés par C. trachomatis, on a détecté des souches LGV par réaction en chaîne de la polymérase dans 2 des 67 échantillons de 2000 et dans 4 des 28 échantillons de 2001. Le séquençage a montré que dans les 6 échantillons positifs, la L2b était présente. En 2002 et 2003 également, sur les 403 échantillons rectaux d’ADN infectés par C. trachomatis, on a identifié 109 résultats positifs à la L2b. Parmi ceux-ci 45 étaient de souche L2b.

Les 51 échantillons de San Francisco (issus de 51 patients) étaient positifs aux variantes de LGV à la réaction en chaîne par polymérase. Le séquençage du segment 2 variable du gène ompA (VS-2) a permis d’identifier 15 sérovars L1, 18 sérovars du prototype L2, et 18 variantes L2b. On a séquencé la totalité du gène ompA sur 5 des 18 variantes L2b qui s’étaient déclarées à San Francisco ; ils étaient tous identiques à la variante L2b récemment décrite qui circulait à Amsterdam.

Conclusion

La variante L2b de la LGV identifiée comme la cause de toutes les proctites LGV dans la crise qui touche actuellement les gays d’Amsterdam, semble avoir circulé dès 2000 dans la ville. De plus cette étude montre que cette variante L2b était présente à San Francisco dans les années 80 avec exactement les mêmes mutations du gène ompA. Cependant, comme seul le gène ompA a été séquencé, et bien que la séquence ait été identique dans l’ancienne et la nouvelle souche L2b, nous ne pouvons pas exclure la possibilité qu’elle fasse intervenir différentes souches de C.trachomatis qui diffèreraient dans d’autres parties du génome, même si cela est peu probable.

Puisque la LGV est responsable d’infections potentiellement graves suivies de séquelles parfois irréversibles si le traitement n’est pas commencé assez tôt, un diagnostique précoce et précis est essentiel. Le séquençage permet de diagnostiquer les cas et de distinguer entre les sérovars LGV et les espèces moins invasives d’infection à Chlamydiae et d’éviter des transmissions ultérieures de LGV.

En conclusion, nos résultats indiquent que 25 ans plus tard, nous avons affaire à la même variante LGV, et que l’actuelle augmentation de cas de LGV dans les pays industrialisés est très probablement le résultat d’une épidémie à évolution lente restée inaperçue dans la communauté pendant de longues années, mais qui est maintenant détectée par les nouvelles technologies. Le nombre de cas détectés en 2005 à Amsterdam atteste l’étendue considérable du phénomène, ce qui rend d’autant plus cruciale une prise de conscience des services de santé publique.

traduction résumée : Azelle pour theWarning.info

Source : Slow Epidemic of Lymphogranuloma Venereum L2b Strain
Joke Spaargaren ; Julius Schachter ; Jeanne Moncada ; Henry J.C. de Vries ; Han S.A. Fennema ; A. Salvador Peña ; Roel A. Coutinho ; Servaas A. Morré

Emerg Infect Dis. 2005 ;11(11):1787-1788. ©2005 Centers for Disease Control and Prevention (CDC)
Posted 11/08/2005


[1inflammation des parois rectales